Zalgoume et la co-épouse

16 octobre 2015

Il était une fois un homme qui avait une jeune et jolie épouse et qui vivait dans les montagnes de Kabylie. Un beau jour, en se promenant dans la forêt, il aperçu Zalgoume en train de ramasser du bois. Zalgoume était une très jolie jeune fille, parée d’une longue chevelure bien fournie, et qui plus est, dotée d’une certaine vigueur, signe de bonne santé. L’homme, complètement sous le charme, la pris comme seconde épouse. 

Quelques temps après son mariage avec Zalgoume, l’homme se prépara à partir en pèlerinage. Il acheta alors de la laine, de la graisse et de la nourriture pour toute une année à ses deux épouses, en leur laissant une maison chacune. Les deux épouses attendaient leur premier enfant. 

Zalgoume n’appréciait guère sa co-épouse, qui, de par son statut de première épouse (qui ne savait pas s’occuper des tâches ménagères), lui donnait fréquemment des ordres. Mais depuis que leur époux était parti en pèlerinage, les deux épouses vivaient dans une maison séparée, ce qui obligeait la première épouse à gérer elle-même ses tâches domestiques. 

C’est ainsi qu’un jour, la première épouse demanda à Zalgoume des conseils pour laver sa laine à la rivière. La co-épouse lui demanda : – Zalgoume, comment t’y es-tu prise pour laver ta laine ? 

– Je l’ai portée à la rivière et je lui ai dis : « Rivière, lave la laine et rends-la moi ! ». Elle me l’a lavée et me l’a rendue, lui répondit Zalgoume. 

Dès le lendemain, la première épouse se rendit à la rivière pour laver sa laine et la donna à la rivière en lui disant la phrase magique : « Rivière, lave la laine et rends-la-moi ! ». La jeune femme attendit des heures durant et revint à la maison… bredouille. Elle reprocha sa mésaventure à Zalgoume et lui dit : 

– Tu m’en as joué un tour, Zalgoume. Est-ce ainsi qu’on agit ? 

– Est-ce cela que je t’ai dit ? répliqua Zalgoume. Je t’ai dis : fais un trou et laves-y la laine petit à petit. Toi, tu l’as donnée à la rivière ! Penses-tu que la rivière va te la rendre ? Eh bien non, c’est fini ! 

Le mari avait acheté de la graisse fraîche aux épouses. La co-épouse de Zalgoume lui demanda des conseils pour la traiter : – Comment as-tu traité cette graisse, Zalgoume ? 

– Je l’ai enterrée sous le tas d’ordures, puis l’ai donnée à manger aux chiens ! Crois-tu que je vais m’embarrasser ? 

En réalité, Zalgoume avait salé sa graisse et l’avait gardée au propre dans une marmite. Mais sa co-épouse, elle, enterra sa graisse sous les ordures puis amena des chiens dans sa maison, qui la mangèrent puis barbouillèrent toute la maison, qui devint infecte. Pendant ce temps, Zalgoume blanchit avec soin sa maison et tissa un burnous pour son mari. 

Chacune accoucha d’un garçon. Le fils de Zalgoume était sain et bien portant, alors que celui de sa co-épouse était chétif et en assez mauvaise santé. Cette dernière alla demander des conseils à Zalgoume pour les soins de son enfant : 

– Zalgoume, comment soignes-tu ton fils ? Comment fais-tu pour faire taire ses pleurs la nuit ? 

– Oh moi, je ne vais pas laisser un enfant m’empêcher de dormir, répondit-elle, je le mets dans une outre et je m’en fais un oreiller la nuit. 

La co-épouse procéda ainsi avec son nouveau-né et le lendemain matin, elle le trouva sans vie. 

De retour de son pèlerinage, le mari fut accueilli d’abord par Zalgoume : celle-ci le reçu avec un bel enfant dans les bras et lui offrît un beau burnous. Elle le fit entrer dans une maison accueillante et bien blanchie. L’homme, ravi, félicita sa seconde épouse de bon coeur. Chez l’autre épouse, la maison sentait mauvais, la nourriture était gâchée et son fils était mort. L’homme en colère dit à la pauvre femme : 

– Vois la porte, déguerpis ! Je n’ai pas besoin de toi. 

Il garda alors Zalgoume comme unique épouse et n’épousa plus jamais aucune autre femme. 

Conclusion : 

Ce conte montre que des femmes étaient prêtes à tout, jusqu’à user d’une malice cruelle, pour se débarrasser d’une rivale ! Pour garder la fidélité et l’exclusivité d’un homme, Zalgoume, la femme stratège et sans scrupules, a instauré une véritable compétition avec sa co-épouse naïve et l’a poussée à sa perte, car à cette époque, une épouse abandonnée avait peu de chances de fonder à nouveau un foyer. On comprend dès lors que l’instauration de la monogamie est un grand progrès et une garantie de respect pour les femmes, qui n’ont plus à jouer les poules de basse-cour se disputant un coq ! 

Enfin, on en déduira que pour l’époque, l’épouse et mère idéale devait prendre soin de son enfant (c’est toujours le cas aujourd’hui), devait garder sa maison propre et accueillante (cela a-t-il vraiment changé ?), devait bien gérer son budget : Dans le conte, cela est représenté par une image : les réserves de nourriture et de graisse que la co-épouse a outrageusement gaspillés, symboliseraient aujourd’hui des dépenses irraisonnées (même de nos jours, une bonne épouse est forcément économe !). Sur ces points, nous n’avons peut-être pas tant progressé, à moins que cela soit très bien ainsi ?

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